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Articles

Un faux manuscrit de Saint-Just en vente

La semaine passée, j'ai eu la surprise de retrouver sur un site de vente en ligne un prétendu manuscrit autographe de Saint-Just qui avait été proposé il y a quelques années à l'Association pour la sauvegarde de la Maison de Saint-Just. L’Association acquérant régulièrement des manuscrits de Saint-Just ainsi que d’autres documents le concernant , il est normal que des propositions d’achat de textes ou d’imprimés de ce révolutionnaire lui parviennent. Chacune fait alors l’objet d’un examen de ma part et de celle de Bernard Vinot. Le cas échéant, j’indique toujours au vendeur, que je suppose a priori de bonne foi, pourquoi son document ne saurait être authentique. Il n’en a pas été autrement pour ces cinq lignes présentées comme de la main de Saint-Just. J’avais alors échangé plusieurs courriels avec le vendeur pour lui expliquer que son autographe ne pouvait être de lui : le faussaire s’était contenté de recopier les cinq dernières lignes d’une lettre de Saint-Just à Camille...

Saint-Just piéton de Paris

La Bibliothèque nationale de France a lancé récemment l'application en ligne Jadis qui permet de consulter trois cent cinquante cartes de Paris en les rapportant aux rues actuelles de la capitale. Comme la plus ancienne des cartes numérisées date de 1760, j’ai eu l’idée de « remonter le temps » pour voir quels trajets Saint-Just a pu faire dans le Paris de la Révolution. Saint-Just lui-même, d’ailleurs, nous y invite quand, dans le Discours sur les subsistances du 29 novembre 1792, il déclare qu’il lui arrive fréquemment de se « promen[er] » dans Paris [1] . Le trajet que Saint-Just a le plus souvent emprunté entre 1792 et 1794, après son élection comme représentant du peuple, est certainement celui que le menait de son domicile à la salle des séances de la Convention nationale ou au Comité de salut public, dans le pavillon de Flore du palais des Tuileries. Jusqu’au 9 mai 1793, les débats de la Convention eurent lieu dans la salle du Manège qui avait déjà é...

Saint-Just moraliste : le portrait de l’homme révolutionnaire

Mon précédent billet citait le passage du Discours sur la Constitution de la France (24 avril 1793) dans lequel Saint-Just dépeint l’homme que produit le pouvoir monarchique, « monstre » endurci par ses malheurs et ne vivant « que pour tromper ou que pour l’être ». On trouve dans son dernier grand rapport, celui du 26 germinal an II (15 avril 1794), le pendant lumineux de la sinistre description des individus élevés sous l’Ancien Régime : le portrait de l’homme révolutionnaire, « héros de bon sens et de probité ». Voici ce portrait, reproduit sans coupure : « Un homme révolutionnaire est inflexible, mais il est sensé, il est frugal ; il est simple sans afficher le luxe de la fausse modestie ; il est l'irréconciliable ennemi de tout mensonge, de toute indulgence, de toute affectation. Comme son but est de voir triompher la Révolution, il ne la censure jamais, mais il condamne ses ennemis sans l'envelopper avec eux ; il ne l'outrage point, m...

« L’art de gouverner n’a presque produit que des monstres »

Les sentences que Saint-Just plaçait dans ses discours ont été remarquées dès la Révolution, plusieurs d’entre elles devenant immédiatement célèbres. Parmi ses phrases les plus citées se trouve la sentence « L’art de gouverner n’a presque produit que des monstres », qui est souvent reproduite en oubliant l’adverbe ( « L’art de gouverner n’a produit que des monstres » ) mais, surtout, en commettant un contresens. C’est le cas dans le récent ouvrage Saint-Just & des poussières d’Arnaud Maïsetti qui voit dans la phrase du Conventionnel une preuve de « sa méfiance à l’égard du pouvoir ». Cet auteur ne fait d’ailleurs que reproduire ce qu’ont écrit avant lui des spécialistes de philosophie ou de science politique : Michel Senellart, par exemple, a considéré que cette sentence dénonçait « les stratagèmes d’un pouvoir sans scrupules »  [1] . Pour ces commentateurs, les « monstres » dont il est question dans la phrase de Saint-Just seraient ...

Saint-Just porteur de moustaches ?

Récemment invitée par Côme Simien à une table ronde des Rencontres d’histoire critique de Gennevilliers ayant pour sujet « La jeunesse prend le pouvoir : avoir vingt ans en Révolution », j’ai examiné dans quelle mesure la jeunesse de Saint-Just – tout juste vingt-cinq ans lorsque se réunit la Convention nationale – avait joué un rôle dans son parcours politique. Cette table ronde fut très intéressante et il a été envisagé qu’elle s’élargisse à un colloque sur le thème de la jeunesse sous la Révolution. Je ne reprendrai donc pas ici mes conclusions que j’espère avoir l’occasion de développer ultérieurement. Je m’arrêterai juste à un détail qui, comme les représentations de Saint-Just au cinéma que j’ai publiées sur ce blog ( Saint-Just joué par Patrice Alexsandre et par Niels Schneider ), concerne l’aspect de ce révolutionnaire, mais qui a également donné lieu à des interprétations discutables puisqu’on a voulu y voir la preuve que Saint-Just essayait de se vieillir. Co...